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05 décembre
2014

Toute une filière en filigrane

Combien un congressiste dépense-t-il en notes de frais et services divers ? De 250 € à 400 € par jour en moyenne selon sa nationalité. Quand un centre des congrès tourne à plein régime, son impact économique se fait vite sentir. Destination Rennes, la société publique locale chargée de l’exploita- tion commerciale du site rennais, a déjà fait le calcul. « Nous attendons 16 M€ de retombées économiques directes par an, estime Jean-François Kerroc’h, son directeur général. Sans compter l’effet « vitrine »ou « réputa- tion » qui éclairera sous un jour favo- rable d’autres domaines d’activité. » De nombreux secteurs sont concer- nés au premier chef : l’hôtellerie- restauration, l’animation, l’audiovisuel, la logistique, le transport… « Beaucoup d’hôtels ont ouvert malgré la crise », fait remarquer Jean-Yves Carré, le directeur du domaine de Cicé-Blossac, à Bruz. « Si bien que notre taux de rem- plissage avoisine à peine 50 %. Grâce à l’ouverture du centre des congrès, nous espérons gagner jusqu’à 7 points de fréquentation. »

Un écosystème à mobiliser

Le futur centre des congrès pros- pecte déjà ses clients potentiels. Son hypercentralité, la proximité de la gare TGV et son supplément d’âme historique plaisent aux spécialistes des rencontres professionnelles. Mais l’équipement ne fera pas tout. « Il est une condition indispensable mais pas suffisante, prévient Jean-François Ker- roc’h. Nous commercialisons avec le couvent une offre globale de services de qualité. C’est-à-dire tout un écosys- tème qui doit être à la hauteur. » Le Centre des congrès sera une locomo- tive. Derrière, il faut déjà accrocher les wagons. Destination Rennes s’est donc rapprochée des acteurs clés de la vie académique, économique, scientifique et institutionnelle. Ce sont les hôpitaux, les universités, les pôles de compéti- tivité… Ils sont des « prescripteurs » potentiels de salons et de séminaires.

Accueil et qualité de service

En parallèle, Destination Rennes mobilise tous les acteurs de la chaîne d’accueil touristique les loueurs de véhicules, les sociétés d’interprétariat, les services de traiteur…, mais aussi tous ceux qui concourent à l’attracti- vité du territoire en mode loisirs les festivals, les clubs sportifs…

Depuis la rentrée, ils sont réunis dans un « conseil des acteurs » chargé de dresser une « to-do-list » au niveau des standards internationaux. Environ 800 structures locales ont été invitées, réparties dans différents groupes de travail thématiques. On y parle accueil, qualité de service, référencement… « Rennes n’est pas encore une des- tination touristique identifiée par les décideurs. Ça nous pèse, regrette Jean-Yves Carré. L’offre rennaise doit se structurer pour être facilement repérable. Tous les professionnels doivent y travailler ensemble. Nous ne sommes pas concurrents, nous sommes confrères. »

Parmi les choses à faire figurent des basiques : traduire les menus en anglais au restaurant, développer le WiFi sur l’espace public, créer la signalétique ad hoc d’un parcours touristique original… Et d’autres services plus complexes à rendre. « Nous devons pouvoir réserver 800 chambres pour un même client trois ans à l’avance, cite en exemple Jean-François Kerroc’h. Nous devons être capables de four- nir l’empreinte carbone de chaque événement. C’est une demande récurrente des organisateurs. »

D’autres nouveautés sont à imaginer. Des chauffeurs de taxi bilingues qui connaissent l’histoire de leur ville ? Des QR codes sur les vieilles pierres pour raconter le patrimoine autrement ? Un aménagement urbain propice à la rêverie ? De l’art au coin de la rue ? « Notre rôle est de mettre en mouvement les filières touristiques et culturelles pour améliorer la qualité de service et les aménités urbaines de la destination rennaise. Ensuite, c’est à chacun de prendre ses responsabili- tés », résume Jean-François Kerroc’h. En 2013, la fréquentation touris- tique était estimée à 11,5 millions de nuitées en Ille-et-Vilaine. > 0. B.

LE COUVENT EN LÉVITATION

Les engins de chantier creusent sous le bâtiment historique pour poser les fondations en sous-sol. La technique de construction est une prouesse de génie civil, rare en France. Les travaux du centre des congrès, entamés il y a huit mois, ont pris un virage spectaculaire cet automne avec la reprise en sous-œuvre des fondations du couvent. Une fois les murs consolidés et un nouveau plancher coulé en béton, des micropieux ont été plantés dans le sol pour soutenir l’édifice sur pilotis. Juste en dessous, des pelleteuses s’affairent à excaver 100 000 m2 de terre pour dégager jusqu’à 15 m de profondeur les surfaces nécessaires à la reprise des fondations.

Avant la fin de l’hiver, les engins toucheront le fond. Puis le couvent refera progressivement surface avec la construction de l’extension.

« L’architecte Jean Guervilly a choisi de révéler au maximum les volumes du bâtiment historique, rappelle Michèle Le Loir, chef du projeta Rennes Métropole. C’est ce qui donnera tout son cacheta l’équipement. En contrepartie, nous aménageons en sous-sol une partie du programme. »

Cette technique de construction est rarement utilisée en France, à l’exception de quelques bâtiments de prestige. À Rennes, c’est une première.

Article paru dans le magazine RENNES METROPOLE MAGAZINE n°20.